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Critique

3 min read

Nancy Moreno est une jeune peintre née à Montauban, aujourd’hui installée à Molenbeek en Belgique.

Je ne suis pas peintre — j’ai des problèmes différents — mais j’imagine qu’à porter une représentation du monde picturale, esthétique en tous points, un lot de paradoxes finit nécessairement par envahir votre cerveau.

En ce qui la concerne, j’ai tenté de relever un extrait de ces paradoxes parmi les plus inédits, les plus symptomatiques de l’ère digitale qui la surplombe et qui nous surplombe également.

Par exemple : elle n’a pas de compte attitré sur le réseau social en ligne Instagram contrairement aux autres artistes de ma connaissance. Mais cette absence semble plutôt relever d’une paralysie que d’une posture, car elle affirme être « au courant de presque tout ce qui apparaît sur les réseaux » tout en demeurant « incapable d’y publier son travail ».

Elle apparaît comme une technicienne au milieu de théoriciens. Elle explore depuis plus de quatre ans désormais les profondeurs de la technique à l’huile et de la peinture sur bois, superposant les couches sans les compter pendant que des milliers toiles à peine frisées continuent d’inonder le marché.

Elle exprime une forme de lenteur de par son caractère et son style de peinture, son rythme, sa stratégie alors que son entourage, sa sphère privée, professionnelle, la société dans son ensemble en fait, accélère.

Si ces configurations à contre-courant se laissent volontiers présenter comme une série de handicaps ou de pénalités, elles peuvent aussi se révéler être les conditions de travail idéales du parfait outsider.

Et il est aisé de repérer des qualités dans sa méthode et ses idées aptes à soutenir ces contradictions, voire mieux, de les développer pour l’art et faire d’elle une peintre accomplie.

Sa source première est le dessin. Quadrillage méthodique du papier, à la manière d’un chercheur d’or ou d’un policier scientifique pour un rendu quasi photographique. Si le geste premier n’est pas spontanément créatif, c’est qu’il y a une hésitation originale, peut-être même un questionnement philosophique de la représentation.

Sa source seconde est la couleur. Long travail d’observation et de mémoire, d’articulation et de mise en résonance des longueurs d’onde entre elles.

Le tout prend forme au sein d’un atelier de précision, équipé de multiples casiers accueillant des dizaines de tubes numérotés, de médiums étiquetés, de supports sur-mesure fabriqués artisanalement.

Ses premiers tableaux se dévoilent, pour l’essentiel, au travers de deux expositions personnelles assez complémentaires, Coaltar et Déréalisation ; la première plus introspective, où l’autoportrait et la caricature se confondent tristement, la seconde plus subjective, découvrant un regard brouillé sur l’extérieur.

Entre le visionnaire Sans contact et les Voies médianes abstraites, elle dépeint, dans son vertige, de petits animaux et des fleurs mignonnes, montrant qu’aucun courant ne la dirige si ce n’est celui de sa perception.

Bastien Rivath

Bastien Rivath

Sexe M − Yeux Verts − Taille 177cm